Histoire d’Aix-en-Provence : Un Voyage à Travers les Siècles #
Introduction : Pourquoi l’histoire d’Aix-en-Provence fascine encore aujourd’hui ? #
Au cœur de la Provence historique, sur l’axe reliant la vallée du Rhône à la Méditerranée, Aix-en-Provence occupe depuis l’Antiquité une position stratégique. Fondée en 122–124 av. J.-C. par Caius Sextius Calvinus, consul romain, la ville d’Aquae Sextiae naît comme base militaire et centre thermal, destinée à contrôler les Salyens, peuple ligure installé à l’oppidum d’Entremont. Elle devient ainsi la première fondation urbaine romaine sur le territoire de la France actuelle, ce qui lui confère un statut singulier dans l’histoire urbaine européenne.
Au fil des siècles, Aix passe du statut de camp romain à celui de capitale de la Narbonensis Secunda, puis de siège d’archevêché, avant d’être choisie en 1189 comme résidence principale des comtes de Provence. La création de l’Université d’Aix en 1409, l’installation du Parlement de Provence au XVIe siècle, la densité des hôtels particuliers du XVIIe-XVIIIe siècle, et, plus tard, l’empreinte de Paul Cézanne, en font une ville d’art, de droit et d’eau. Nous observons que cette continuité, associée à un centre ancien remarquablement préservé – avec un secteur sauvegardé couvrant plusieurs dizaines d’hectares – explique l’attrait d’Aix pour un public en quête d’authenticité historique autant que de douceur de vivre méditerranéenne.
- Plus de deux millénaires de continuité urbaine documentée.
- Rôle de capitale à plusieurs périodes : province romaine, Provence médiévale, parlement de l’Ancien Régime.
- Patrimoine bâti exceptionnellement conservé, des vestiges romains aux façades classiques.
- Dimension culturelle contemporaine : universités, festivals, musées, parcours Cézanne.
Les origines romaines d’Aquae Sextiae : une ville de garnison et d’eaux #
L’histoire d’Aix débute avec la conquête de la Basse-Provence par la République romaine. Vers 124 av. J.-C., Caius Sextius Calvinus détruit l’oppidum d’Entremont, capitale des Salyens, installé sur un plateau au nord de l’actuel centre-ville. Deux ans plus tard, il fonde au pied de ce site une nouvelle cité, Aquae Sextiae, dont le nom fixe à la fois la mémoire du fondateur et celle des sources thermales qui jaillissent sur place. Cette implantation, à proximité de la future Via Aurelia reliant l’Italie à l’Espagne, permet à Rome de contrôler militairement et économiquement la région, en prélude à la création de la province de Gaule narbonnaise.
Les données archéologiques, mises au jour notamment lors des fouilles conduites par l’Institut national de recherches archéologiques préventives (INRAP) au début des années 2000, montrent une ville structurée dès le Ier siècle av. J.-C. autour d’un forum, de thermes, d’un théâtre et de réseaux d’aqueducs. Le territoire urbain, estimé à une quarantaine d’hectares à son apogée antique, joue un rôle de base logistique pour les légions romaines. À proximité, en 102 av. J.-C., le consul Caius Marius remporte la bataille d’Aquae Sextiae contre les Cimbres et Teutons, épisode décisif qui protège l’Italie d’une invasion germanique. Cette conjonction d’un site militaire, d’une station thermale et d’une ville planifiée illustre une stratégie romaine claire : ancrer durablement le pouvoir impérial au cœur de la Provence.
- 122–124 av. J.-C. : destruction d’Entremont et fondation d’Aquae Sextiae.
- 102 av. J.-C. : bataille d’Aquae Sextiae, victoire de Caius Marius sur les tribus germaniques.
- Équipements majeurs : forum, thermes, théâtre, aqueducs, réseau viaire connecté à la Via Aurelia.
- Fonction : base militaire, centre administratif, station thermale régionale.
D’Aquae Sextiae au haut Moyen Âge : invasions et christianisation #
À partir du IIIe siècle apr. J.-C., nous observons un reflux démographique et un certain repli urbain, phénomène général dans l’Empire romain. Aquae Sextiae se transforme, tout en accédant au rang de capitale de la Narbonensis Secunda au IVe siècle, ce qui témoigne d’une fonction administrative renforcée. La christianisation s’affirme à la même période : le premier évêque connu, Lazare d’Aix, est attesté vers 408, et le baptistère de la future cathédrale Saint-Sauveur, daté des environs de l’an 500, figure aujourd’hui parmi les plus anciens de France, avec ses colonnes antiques remployées.
Les siècles suivants sont marqués par une succession de conquêtes : Wisigoths en 477, Ostrogoths en 508, puis Francs et Lombards au VIe siècle. Au VIIIe siècle, des incursions sarrasines venues du Maghreb et d’al-Andalus touchent la région. Aix se morcelle en plusieurs bourgs fortifiés, autour de noyaux ecclésiaux et aristocratiques. Si la ville perd alors certains attributs de capitale, parfois au profit d’Arles, elle conserve un rôle régional grâce à ses institutions religieuses et à la permanence de son évêché. Nous considérons cette phase comme une période de recomposition plutôt que de simple déclin : la trame urbaine se contracte, mais les structures de pouvoir se reconfigurent autour de l’Église et de quelques pôles fortifiés.
- IVe siècle : capitale de la Narbonensis Secunda, affirmation du pouvoir administratif.
- Christianisation : création de l’archevêché, construction du baptistère paléochrétien vers 500.
- Invasions : Wisigoths, Ostrogoths, Francs, Lombards, Sarrasins entre Ve et VIIIe siècles.
- Ville fragmentée : réduction à plusieurs bourgs, mais continuité des fonctions religieuses et urbaines.
Aix au Moyen Âge central et tardif : affirmation de la capitale des comtes de Provence #
Le tournant majeur se produit en 1189, lorsque les comtes de Provence choisissent de s’installer durablement à Aix, au détriment d’Arles et d’Avignon. Cette décision politique consacre Aix comme capitale effective de la Provence pour près de six siècles. La ville profite de ce statut pour développer des fonctions administratives, judiciaires et financières, concentrant autour du palais comtal une administration qui gère un territoire allant des Alpes à la Méditerranée. Entre le XIIe et le XVe siècle, la population urbaine progresse, atteignant vraisemblablement plusieurs milliers d’habitants, ce qui place Aix parmi les principaux centres de la région avec Marseille et Avignon.
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Nous voyons se multiplier les établissements religieux (couvents, chapitres, confréries) et l’extension de la cathédrale Saint-Sauveur, qui s’impose comme cœur spirituel de la ville, avec une superposition de styles romans, gothiques et baroques. Cette prospérité n’exclut pas les crises : vagues de peste à partir de 1348, épisodes de famine, conflits féodaux. Néanmoins, la stabilité globale de la dynastie comtale, puis l’intégration de la Provence au royaume de France en 1481, assurent à Aix une place dominante dans l’espace provençal.
- 1189 : installation des comtes de Provence, naissance d’une capitale politique durable.
- Développement urbain : nouveaux remparts, faubourgs, densification autour du palais comtal.
- Rôle religieux : renforcement de la cathédrale, création de couvents et collégiales.
- Crises : épidémies de peste, tensions féodales, mais maintien du rôle régional d’Aix.
Renaissance et âge d’or ? : humanisme, Parlement et figures emblématiques #
À partir du XVe siècle, Aix-en-Provence entre dans ce que l’on peut qualifier de Renaissance urbaine et culturelle. En 1409, l’Université d’Aix est fondée par le roi de Sicile et comte de Provence, faisant de la ville un centre majeur de l’enseignement du droit et des humanités pour tout le sud du royaume. Le règne de René d’Anjou, dit le bon roi René ?, dernier comte de Provence, installé à Aix dans la seconde moitié du XVe siècle, anime une cour où se côtoient poètes, juristes et artistes. La mort de René à Aix en 1480 clôt une période faste, mais l’intégration de la Provence à la monarchie française en 1481 ne fait pas disparaître le rôle de la cité.
Au XVIe siècle, la création du Parlement de Provence, juridiction souveraine de la province, assoit durablement Aix comme ville parlementaire. Une élite de magistrats et de noblesse de robe s’y installe, faisant construire des résidences urbaines qui préfigurent les grands hôtels particuliers des siècles suivants. Cette période n’est pas exempte de tensions : les guerres de Religion opposent catholiques et protestants, et en 1536, l’empereur Charles Quint, à la tête du Saint-Empire romain germanique, occupe brièvement Aix, avant de se retirer, laissant derrière lui un palais comtal largement endommagé par les troupes du duc de Savoie. Nous considérons ces décennies comme celles d’une insertion progressive d’Aix dans l’espace politique français, tout en conservant une forte identité provinciale.
- 1409 : création de l’Université d’Aix, pôle d’enseignement du droit.
- Roi René d’Anjou : mécène, animateur de la vie artistique aixoise, mort à Aix en 1480.
- XVIe siècle : installation du Parlement de Provence, structuration de la noblesse de robe.
- 1536 : occupation de la ville par Charles Quint, incendie du palais comtal.
Du Grand Siècle aux Lumières : Aix, ville parlementaire et aristocratique #
Aux XVIIe et XVIIIe siècles, Aix confirme son statut de capitale administrative et judiciaire de la Provence. Le Parlement de Provence et les États de Provence concentrent un pouvoir régional considérable, arbitrant conflits, fiscalité et affaires de noblesse. La ville abrite une population de magistrats, avocats, officiers et ecclésiastiques qui, au milieu du XVIIIe siècle, représente une part significative des quelques 30 000 habitants du centre urbain. Cette société de robe investit massivement dans la pierre : construction d’hôtels particuliers, d’églises, d’hôpitaux et d’édifices civils comme l’Hôtel de Ville.
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L’urbanisme se transforme profondément, en particulier vers le sud de l’ancienne ville médiévale. Le tracé des remparts est progressivement réaménagé, donnant naissance au futur cours Mirabeau, grande artère plantée de platanes et bordée d’hôtels particuliers. La peste de 1629–1630 frappe une population dense, tandis que la révolte des Cascaveous en 1630, menée contre la politique fiscale du cardinal Richelieu, illustre les résistances locales face à la centralisation monarchique. Nous considérons cette période comme celle de l’apogée de la ville parlementaire : richesse, prestige social et monumentalité se conjuguent pour donner à Aix le visage classique que nous lui connaissons aujourd’hui.
- XVIIe–XVIIIe siècles : consolidation du Parlement de Provence et des États de Provence.
- Cours Mirabeau : création progressive sur l’ancien tracé des remparts, axe monumental sud.
- Crises : peste de 1629–1630, révolte des Cascaveous contre la fiscalité royale.
- Société aixoise : domination d’une noblesse de robe, forte densité d’hôtels particuliers.
Aix et la Révolution française : rupture politique et nouveaux équilibres #
La Révolution française marque une véritable césure pour Aix-en-Provence. Le Parlement de Provence est supprimé en 1790, au même titre que l’ensemble des parlements provinciaux. Les anciennes structures comme les États de Provence disparaissent, et la province est remplacée par le département des Bouches-du-Rhône. Aix devient dans un premier temps chef-lieu de district puis chef-lieu du département, avant d’être supplantée par Marseille comme préfecture, ce qui modifie durablement sa position politique.
Certains bâtiments emblématiques sont détruits ou réaffectés : le palais comtal, déjà ravagé par l’incendie de 1784, disparaît, plusieurs couvents sont nationalisés et transformés en lieux publics ou lotis. L’épisode du lynchage de l’avocat Jean-Joseph-Pierre Pascalis en 1790, sur l’actuel cours Mirabeau, symbolise la violence des tensions entre royalistes et révolutionnaires. Nous estimons que cette période fait basculer Aix d’une identité de capitale politique à celle de centre juridique, culturel et universitaire, rôle qu’elle approfondira tout au long du XIXe siècle.
- 1790 : suppression du Parlement de Provence, réorganisation territoriale en départements.
- Palais comtal : détruit après un incendie, effacement d’un symbole de la période comtale.
- Pascalis : avocat royaliste lynché, épisode marquant des tensions révolutionnaires.
- Nouvelle fonction : recentrage sur le droit, l’université, et les services administratifs.
Le XIXe siècle : urbanisation, modernisation maîtrisée et naissance d’une ville d’art #
Au XIXe siècle, Aix-en-Provence connaît une croissance urbaine progressive, mais reste moins industrialisée que des villes comme Marseille, Lyon ou Saint-Étienne. L’arrivée du chemin de fer dans la région – avec la ligne de la Compagnie des Chemins de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée (PLM) – facilite les échanges, tandis que les routes sont modernisées. La population augmente régulièrement, franchissant le seuil de 30 000 habitants puis de 40 000 à la fin du siècle, avec un étalement des faubourgs au-delà des anciens remparts.
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Cette période voit émerger la figure emblématique de Paul Cézanne, né à Aix en 1839, élève du collège Bourbon (actuel lycée Mignet), ami d’
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Plan de l'article
- Histoire d’Aix-en-Provence : Un Voyage à Travers les Siècles
- Introduction : Pourquoi l’histoire d’Aix-en-Provence fascine encore aujourd’hui ?
- Les origines romaines d’Aquae Sextiae : une ville de garnison et d’eaux
- D’Aquae Sextiae au haut Moyen Âge : invasions et christianisation
- Aix au Moyen Âge central et tardif : affirmation de la capitale des comtes de Provence
- Renaissance et âge d’or ? : humanisme, Parlement et figures emblématiques
- Du Grand Siècle aux Lumières : Aix, ville parlementaire et aristocratique
- Aix et la Révolution française : rupture politique et nouveaux équilibres
- Le XIXe siècle : urbanisation, modernisation maîtrisée et naissance d’une ville d’art